Les frontières et le partage du territoire


La question des frontières est un des thèmes abordés lors des négociations de Camp David en juillet 2000 et de Washington en décembre 2000.

Les revendications palestiniennes étaient connues avant le sommet de Camp David : création d'un état palestinien sur la totalité des territoires occupés par Israël en 1967. C'est l'application du principe des "territoires contre la paix" qui est réclamée par l'Autorité palestinienne. Cette revendication s'appuie sur la résolution 242 de l'ONU.

Les propositions israéliennes au sommet de Camp David se sont révélées nettement en deçà des aspirations palestiniennes. Israël a proposé la création d'un Etat palestinien sur les territoires conquis en 1967 (Cisjordanie et bande de Gaza) mais avec les restrictions suivantes :
- restitution de territoires correspondant à environ 90 % de la superficie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza,
- annexion de trois zones d'implantations juives en Cisjordanie (pour éviter un démantèlement difficile des implantations les plus peuplées), segmentant l'Etat palestinien au détriment de sa continuité territoriale,
- maintien d'une zone de sécurité sous souveraineté israélienne le long du Jourdain (frontière avec la Jordanie).

Au total, la proposition territoriale des négociateurs israéliens est assez éloignée des souhaits palestiniens. La carte des propositions israéliennes à Camp David illustre bien cette réalité.




Sur la base de ces éléments on peut formuler les réflexions suivantes :

a. La référence aux frontières de 1967
Les frontières de 1967 doivent être le point de départ des négociations. Elles ne doivent en revanche pas être un dogme bloquant toute solution négociée. Si Israël, pour éviter de douloureux déplacements de populations, souhaite annexer à son territoire les trois principales implantations juives de Cisjordanie, l'Autorité Palestinienne, en échange, doit recevoir une superficie équivalente de territoire israélien. Dans cet esprit, les négociateurs palestiniens, ont d'ailleurs accepté à Camp David l'annexion de 2% de la Cisjordanie en échange de 2% du territoire israélien.
La référence à la résolution 242 de l'ONU votée en 1967 à la suite de la guerre des six jours, est d'ailleurs intéressante. Le texte anglais de la résolution, donc le texte officiel soumis au vote, indique "withdraw of territories". Dans la traduction française, le texte devient "retrait des territoires". Entre retrait de territoires ou retrait des territoires, c'est bien d'une interprétation pragmatique ou d'une interprétation dogmatique de cette résolution dont il est question.

b. Les territoires disputés : une superficie à relativiser
Lors des négociations de Camp David, les négociateurs israéliens ont proposé la création d'un état palestinien sur environ 90% de l'actuelle Cisjordanie et bande de Gaza et les négociateurs palestiniens ont accepté le principe d'un échange de territoires sur 2% de cette superficie. A ce stade des négociations, les territoires que se disputaient les deux parties représentaient donc 8% de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, soit environ 500 km2. A titre d'information, la superficie de la Jordanie, peuplée majoritairement de palestiniens, est de 89 000 km2. Or la plupart des observateurs de la région évoquent l'hypothèse d'un confédération composée des deux états palestinien et jordanien. Ces éléments conduisent à replacer le désaccord territorial dans sa juste proportion.

c. Un désaccord occulté par les autres thèmes
Le désaccord sur les territoires est réel mais il est passé, à tort ou à raison, au second plan par rapport aux désaccords sur le sort des réfugiés palestiniens et sur la partage de souveraineté sur l'Esplanade des Mosquées / Mont du Temple. L'intransigeance des négociateurs palestiniens sur ces deux thèmes a ramené le conflit à sa dimension existentielle et a exacerbé les antagonismes. Par intransigeance palestinienne, il faut comprendre le déni de l'existence d'un temple juif à Jérusalem (déni de légitimité historique) et la revendication sans limitation du droit au retour en Israël des réfugiés palestiniens (négation de fait du droit à l'existence d'un état juif). Pour dire les choses plus simplement, ce n'est pas la question des territoires qui a conduit le sommet de Camp David à l'impasse.

d. Une proposition israélienne améliorée à Washington et à Taba
Les propositions israéliennes de Taba en janvier 2001 sont bien meilleures comme l'illustre la carte précédente.
A Taba, en effet, les négociateurs israéliens proposent un état palestinien :
- sur une superficie quasi équivalente à 100 % des territoires de 1967,
- avec l'annexion des trois zones d'implantation juives mais sans remettre en cause la continuité territoriale de la future Palestine et avec la restitution en échange de territoires israéliens,
- sans la zone de sécurité le long du Jourdain.
Preuve s'il en est que les négociations de Camp David avaient permis de faire avancer les idées et qu'il fallait persévérer dans cette direction.


La dynamique de négociation est toujours préférable à la dynamique de la violence pour obtenir des concessions. Le déclenchement de l'intifada le 28 septembre était prématuré. Toutes les possibilités de la négociation n'étaient certainement pas épuisées. Au contraire, le déclenchement de l'intifada a fait perdre un temps précieux puisque les négociateurs se sont retrouvés le 16 et le 17 octobre 2000 au sommet de Charm El-Cheikh où ils ont "perdu" leur temps à discuter arrêt des violences et commission d'enquête au lieu de poursuivre les négociations de Camp David.