Les réfugiés palestiniens


Les réfugiés Palestiniens sont un des sujets abordés au cours des négociations de Camp David en juillet 2000 et de Washington en décembre 2000.

Les réfugiés Palestiniens sont au cœur des revendications palestiniennes. Le " droit au retour " de tous les réfugiés sur leurs lieux d'habitation ou sur le lieu d'habitation de leurs ascendants est une revendication forte de l'Autorité Palestinienne permettant la réparation de l'injustice de l'exil. Cette revendication s'appuie sur le résolution 194 de l'ONU (du 11 décembre 1948) qui prévoit le retour des réfugiés dans leur pays et l'indemnisation des biens perdus.

La reconnaissance du drame humain
De tous les thèmes abordés lors des négociations de Camp David, le sort des réfugiés est un des plus chargés d'émotion et de passions. Il touche de très près en effet à l'âme du peuple palestinien, à son sentiment national qui s'est forgé dans les camps pendant ces années d'exil. D'une certaine manière l'exil a été l'événement fondateur du peuple palestinien. L'exil, le drame humain des Palestiniens sont connus de tous. Il leur faut maintenant une reconnaissance officielle par le communauté internationale.
Parallèlement, les Palestiniens doivent à présent réussir la consolidation et la mutation de leur sentiment national en le forgeant autour d'un vrai projet de société. Il leur faut maintenant se détacher du seul souvenir du passé pour s'enraciner vraiment dans les réalités du présent.




Les données actuelles sur les réfugiés palestiniens sont les suivantes :

Les conditions de l'exil des palestiniens en 1948 et 1949 :
L'exil des arabes palestiniens s'est produit entre le 29 novembre 1947, date de l'adoption du plan de partage de la Palestine par l'ONU (résolution 181) et le 20 juillet 1949, date du dernier armistice de la première guerre israélo-arabe. Cette période s'est caractérisée tout d'abord par une guerre " civile " judéo-arabe dès les premiers jours qui ont suivi l'adoption par l'ONU du plan de partage, puis par l'attaque de l'Etat d'Israël par les armées arabes au lendemain de sa déclaration d'indépendance le 14 mai 1948. Au cours de cette période entre 700 000 et 800 000 arabes ont quitté leurs lieux d'habitation pour trouver refuge dans les pays limitrophes : 175 000 à Gaza, 290 000 en Cisjordanie, 80 000 en Transjordanie, 110 000 au Liban et 90 000 en Syrie.
Les raisons de ce départ massif font l'objet d'interprétations différentes : la version palestinienne évoque un plan organisé d'expulsion de la population arabe, la version israélienne évoque un départ volontaire de la population arabe prenant peur et fuyant les combats de la guerre civile, ou libérant le champ de bataille à la demande des armées arabes pour revenir à la fin des combats après la victoire. Depuis une quinzaine d'années, l'ouverture des archives de 1948 et les travaux des " nouveaux historiens " israéliens ont révélé les circonstances de cet événement. A la lecture de ces travaux, on comprend que la réalité est, comme souvent, à mi-chemin entre le plan organisé d'expulsion et la départ volontaire. Tout d'abord, les " nouveaux historiens " démentent le mythe de l'appel au départ pour libérer le champ de bataille au profit des armées arabes, n'ayant trouvé aucune trace de cet appel. Selon leurs recherches, des expulsions de villages arabes ont eu lieu, des massacres de populations arabes également, le plus connu étant celui du village de Deir Yassine, ces massacres, ayant contribué à instaurer un climat de panique provoquant le départ " spontané " de la population arabe. En revanche, il apparaît qu'aucun plan programmé d'expulsion n'a été mis en place. Au contraire, les " nouveaux historiens " confirment que des responsables juifs locaux, à l'image du maire de Haifa, ont appelé les populations arabes à rester sur place et à ne pas fuir. Ceci est particulièrement vrai en Galilée, et se traduit aujourd'hui par la dominante arabe de la population. Ils expliquent également que les populations arabes se sont sentis abandonnées par les dirigeants et responsables nationaux qui ont fui les premiers la guerre civile judéo-arabe et ce sentiment d'abandon les a bien sûr incité à partir. Entre décembre 1947 et mars 1948, soixante quinze mille arabes, parmi les classes élevées, les riches, les notables ont fui le pays, alors que à cette époque les forces arabes avaient toutes les chances de l'emporter. A la mi-mai 1948, il ne restait plus qu'un seul membre du Haut Comité Arabe, tous les leaders nationaux étaient partis, et c'est cela aussi qui a entraîné le départ du reste de la population.

Quelles conclusions peut-on tirer de ces " nouveaux " éléments ? Comme pour tous les conflits qui ont donné naissance à un état, et le 20ème siècle en compte de nombreux exemples, la création de l'Etat d'Israël s'est accompagnée de déplacements de populations. La responsabilité en incombe bien sûr à Israël mais également aux responsables palestiniens qui ont refusé le plan de partage et aux pays arabes qui, en déclenchant la guerre contre Israël, ont créé les conditions de ces déplacements de population.

Il faut noter également que ces "conclusions" sont fondées sur les travaux des historiens israéliens ayant eu accès aux archives des années 1948 et 1949. Mais qu'en est-il des archives des pays arabes ? Quand les historiens auront-ils accès à ces archives ? Quand les historiens palestiniens auront-ils accès à ces archives pour mesurer la réelle implication des états arabes et de leurs dirigeants ?


Les réfugiés palestiniens après 1948 :

L'année 1948 correspond pour les Palestiniens à l'année de la Nakba (" la catastrophe "). Les Palestiniens exilés sont pour la plupart des paysans, qui en plus de la perte de leurs maisons et de leurs terres, perdent également leur gagne pain et leur dignité d'hommes indépendants. Ils sont installés dans des camps de réfugiés et pris en charge par l'UNRWA.

Le drame du proche-orient va se refermer sur les réfugiés palestiniens, pris au piège d'un conflit qui les dépasse. L'absence d'accords de paix entre les différents protagonistes après 1949 va faire perdurer la situation de 1948. Israël refuse le retour des réfugiés car ce retour est perçu comme une concession dangereuse sans la contrepartie d'un accord de paix. Les pays arabes utilisent les réfugiés palestiniens comme arme politique pour maintenir la pression et le ressentiment contre Israël. En conséquence, les pays arabes ne font pas d'effort pour intégrer les palestiniens dans leurs populations. Cette non intégration des réfugiés dans leurs pays d'accueil, combiné avec la durée du conflit et un taux de natalité très élevé fait que les 750 000 réfugiés de 1948 sont devenus trois millions et demi en 2000. Les réfugiés palestiniens de la quatrième génération grandissent aujourd'hui dans les camps où ont vécu leurs arrière-grands-parents.

La répartition par pays des réfugiés palestiniens est très bien illustrée dans la carte du Monde Diplomatique.




Plusieurs remarques peuvent être faites :

Sur la situation actuelle :

a. Un siècle de conflits et de déplacement de populations :
Le 20ème siècle a été le siècle des réfugiés et des déplacements de populations du fait des innombrables conflits qui ont secoué la planète. De 1933 à 1957, il y a eu plus de 135 millions de réfugiés dans le monde.

b. Quatre générations de réfugiés, un cas unique dans l'histoire :
Le cas de réfugiés vivant dans des camps ou se déclarant réfugiés après quatre générations est unique dans l'histoire. Le HCR précise que " les Palestiniens ont été déplacés plus longtemps que n'importe quel autre groupe réfugié de taille comparable ". Aucune situation n'est parfaitement comparable, mais imagine-t-on les réfugiés vietnamiens, les exilés cubains ou libanais vivrent dans des camps pour faire pression et provoquer la chute des régimes qu'ils fuient ?

c. L'intégration dans les pays d'accueil :
De 1948 à 1967, tous les réfugiés palestiniens sont dans des pays ou zones sous contrôle arabe. Les réfugiés en Cisjordanie dépendent de la Jordanie, et les réfugiés de Gaza dépendent de l'Egypte. Pendant ces vingt années, ces pays auraient dû intégrer les réfugiés palestiniens dans leur population et leur assurer des conditions de vie décentes.

d. Un même peuple, une même culture :
L'intégration dans un pays de populations " étrangères " est parfois difficile. Faut-il rappeler que c'est un seul et même peuple qui est établi au Liban, en Jordanie, en Cisjordanie et en Syrie. Hussein, le Chérif de la Mecque, dans son soulèvement contre le régime ottoman en 1916 souhaitait l'établissement d'une grande nation arabe sur ces territoires, et ce sont les puissances coloniales européennes, le France et l'Angleterre, qui ont créé ce découpage artificiel. Il ne s'agit pas de nier l'exil des réfugiés palestiniens mais de préciser que leur intégration dans les " pays frères " ne devait pas soulever de difficultés culturelles.

e. Une source de conflits dans les pays d'accueil :
La non intégration des réfugiés palestiniens dans leurs pays d'accueil a également été la source de tensions et de conflits au sein même de ces pays. La Jordanie en 1970 a sévèrement réprimé les tentatives palestiniennes de renversement du pouvoir Hachémite (" Septembre noir "). Au Liban, dans le cadre de la guerre civile, la Syrie a réprimé encore plus sévèrement les tentatives palestiniennes de prise de contrôle du pays. Enfin, la prise de position pro irakienne des leaders palestiniens pendant la guerre du golfe a conduit le Koweït a expulser sa communauté palestinienne et à créer 200 000 réfugiés supplémentaires.

f. Sentiment national et désespoir :
La naissance ou le renforcement d'un sentiment national né dans l'exil et le souhait du retour au pays ne sont pas incompatibles avec une complète intégration dans le pays d'accueil. Il n'est pas nécessaire de laisser des pauvres gens vivre dans des camps dans des conditions d'habitation peut-être déplorables (au Liban par exemple), sans leur accorder la citoyenneté, et susciter chez eux frustration, ressentiment et désespoir pour s'assurer de leur souhait de retour au pays.

g. Instrumentaliser tout un peuple :
Cette stratégie est en revanche compréhensible si l'on veut maintenir un foyer de rébellion contre Israël, plus petit dénominateur commun de l'unité arabe. Les réfugiés palestiniens ont été l'instrument de la lutte des pays arabes contre Israël. Cette manipulation d'un peuple à son détriment est un " scandale humanitaire ".

h. Une responsabilité partagée :
Il y a donc bien dans le drame et la situation actuelle des réfugiés palestiniens une responsabilité conjointe d'Israël, des pays arabes, et des dirigeants palestiniens eux-mêmes, pour avoir reconnu l'état d'Israël il y a 9 ans seulement et avoir ainsi retardé les négociations de paix.


Sur la revendication du "droit au retour "

a. Une revendication " impossible " :
Cette revendication, apparemment légitime sur le principe, est inacceptable dans les faits. Le retour, ou l'acceptation du droit au retour, de 3 millions et demi de réfugiés en Israël porterait la population israélienne à environ 9 millions et demi d'habitants, dont une population juive de 5 millions d'habitants et une population arabe de 4 millions et demi d'habitants. L'écart de croissance démographique des deux populations transformerait rapidement Israël en un pays à majorité arabe, donc à la disparition d'Israël comme état juif. Cela ne peut bien sûr pas être accepté par l'état hébreu.
La revendication du droit au retour contient en son sein la négation du droit à l'existence d'Israël en tant qu'état juif. Elle va l'encontre de la reconnaissance mutuelle signée en 1993 par les israéliens et les palestiniens. Elle est un obstacle au processus de paix, une remise en cause des principes préalables à la négociation. Certains pourraient parler de " provocation ".

b. Une revendication droit contre droit :
Pour être moins polémique, la revendication du droit au retour des réfugiés palestiniens est un droit humain inaliénable et non négociable tout comme le droit des juifs à l'autodétermination et à disposer d'un état est un droit humain inaliénable et non négociable. On voit bien à quelle impasse conduit cette discussion stérile sur le " droit ", alors que des réponses concrètes se font attendre de manière urgente.

c. Le droit et son application :
Certains observateurs soutiennent l'idée que l'on pourrait dissocier le droit et son application. Ainsi Elias Sanbar dans un article publié dans Le Monde du 25 janvier 2001 et repris par Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique, dans son ouvrage Israël, Palestine vérités sur un conflit indique ceci : " Le droit au retour [...] est un droit humain inaliénable, non un droit à immigrer dans un pays donné. Ce droit n'est donc pas négociable mais son application, sa mise en pratique le sont, dès lors que ce droit est reconnu." Il y aurait ainsi "un ordre de séquence, deux phases en somme : la reconnaissance du droit doit précéder son application; elle est impérative pour pouvoir négocier, c'est-à-dire relativiser sa mise en pratique".
Ce désir touchant de réconcilier l'irréconciliable se heurte à l'analyse et à la raison : on ne peut pas reconnaître un droit et ne pas l'appliquer de même qu'on ne peut pas voter une loi et ne pas l'appliquer. Si un droit au retour sans limite en Israël est reconnu aux réfugiés palestiniens, il est légitime que ceux-ci exigent son application. Il faut, plus raisonnablement reconnaître un droit au retour en Israël pour un nombre limité de réfugiés palestiniens.

c. Un des socles du discours palestinien :
Le problème est que l'affirmation du " droit au retour " est un des points clés des discours tenus depuis 50 ans par les responsables palestiniens aux réfugiés. Les responsables palestiniens sont certainement conscients que cette revendication est impossible mais comment expliquer à leur peuple qu'ils leur ont menti, comment faire passer le message que cette utopie n'est pas réalisable ?

d. Un retour en dehors de la Palestine :
Sur le fond, et indépendamment de l'aspect démographique en Israël, on peut s'interroger sur le souhait des responsables palestiniens de créer leur pays, la Palestine, et de demander en même temps à leur peuple exilé de retourner s'installer dans le pays voisin.


En conclusion, Israël doit reconnaître sa part de responsabilité dans l'exil des réfugiés palestiniens. L'Autorité Palestinienne doit reconnaître sa part de responsabilité dans la durée exceptionnellement longue de cet exil. Les deux parties doivent admettre que la légitimité du " droit au retour " est en contradiction avec une autre légitimité, qui est la reconnaissance d'Israël comme état juif, et elles doivent conclure et s'employer à une application limitée du "droit au retour". Les deux parties doivent également prévoir l'indemnisation financière des réfugiés.