Ce que l'on appelle " le processus de paix " couvre la période comprise entre 1991 et 2000.
Dans le prolongement de la guerre du golfe, les Etats-Unis, seul arbitre de la région depuis la chute de l'empire soviétique vont chercher à apporter une solution au conflit israélo-arabe. Des négociations sont entamées entre Israël et les pays arabes au sommet de Madrid de 1991. Le temps fort du " processus de paix " est la signature des accords d'Oslo, ou accords de Washington en 1993 qui consacre la reconnaissance mutuelle d'Israël et de l'OLP et prévoit la mise en place d'une autonomie palestinienne progressive sur les territoires de Cisjordanie et de Gaza. Cette reconnaissance mutuelle est symbolisée par la
poignée de mains Rabin - Arafat.
1994 et 1995 sont des années d'euphorie. Les premiers accords consacrant l'autonomie palestinienne sont signés, Yasser Arafat est accueilli triomphalement à Gaza le 1er juillet 1994. L'accord entre les parties semble parfait, les
contacts se nouent de part et d'autres.
Fin 1995 et 1996, la situation bascule progressivement avec l'assassinat d'Itzhak Rabin par une étudiant juif d'extrême - droite, l'échec des négociations avec la Syrie sur la restitution du Golan, la vague d'attentats du Hamas et le harcèlement du Hezbollah à la frontière avec le Liban. En 1996, les élections portent le Likoud, parti de droite au pouvoir. Le dialogue avec l'Autorité Palestinienne est interrompu, tandis que la construction d'implantations, jamais interrompue, est relancée. Un accord est néanmoins signée pendant cette période en 1998 prévoyant un transfert de souveraineté limité en échange d'une plus grande répression de la part de la police palestinienne des mouvements hostiles à la paix.
En mai 1999, des événements de politique intérieure ramènent les travaillistes à la tête du pays. Les discussions reprennent avec la Syrie, Israël se retire de la zone de sécurité du Liban Sud. Israéliens et Palestiniens conviennent de participer au sommet de Camp David destiné à préciser le statut définitif des territoires, autrement dit les conditions de création de la Palestine marquant la fin du conflit. Les accords d'Oslo prévoyait la fin de la période d'autonomie en mai 1999, israéliens et palestiniens sont donc en retard d'un an sur le calendrier, ce qui compte tenu des enjeux et des difficultés peut sembler plutôt satisfaisant.
Le sommet de Camp David se tient du 11 au 24 juillet. C'est le moment de vérité entre israéliens et palestiniens. Le sommet est un échec, aucun accord n'est conclu sur les sujets importants, les débats sont passionnels, les positions fortement divergentes. Les divergences portent autant sur le mode de négociation que sur le compromis à atteindre. C'est cependant la première fois que tous les sujets difficiles sont discutés dans un cadre officiel.
Après l'échec du sommet, la situation est bloquée. Le 28 septembre, Ehoud Barak publie un article dans le Jérusalem Post expliquant aux israéliens les propositions qu'il a faites à Camp David. Le 28 septembre Ariel Sharon effectue sa visite " provocatrice " sur le Mont du Temple / Esplanade des Mosquées. Le 28 septembre Yasser Arafat déclenche la deuxième intifada. Cette intifada, contrairement au soulèvement populaire et spontanée de la première, a été préparée de longue date et prend des allures de guerre sainte puisqu'il la nomme intifada Al-Aksa, en référence à l'une des deux Mosquées de Jérusalem (celle qui est citée dans le Coran).
En dépit du climat de violence, en dépit des attentats, les négociations vont reprendre en décembre 2000 à Washington et en janvier 2001 à Taba. Mais il est peut-être déjà trop tard : ce sont les derniers jours du mandat de Bill Clinton, qui ne peut plus imposer un accord et Ehoud barak, discrédité par le regain de violence et affaibli politiquement, a démissionné le 9 décembre. Les négociations progressent mais n'aboutissent pas.
Le 6 janvier 2001, les israéliens en pleine tourmente, en plein déni de leur légitimité, confrontés à la violence des attentats élisent Ariel Sharon.
On peut faire plusieurs remarques :
a. Selon certains, l'Autorité Palestinienne n'était pas favorable à ce sommet, arrivant trop vite et mal préparé et faisant suite à des contacts bilatéraux n'ayant pas abouti. Cet argument laisse songeur : les responsables israéliens et palestiniens ont eu sept ans pour faire mûrir leur réflexion et préparer leur population à un changement de cap ou à des concessions douloureuses. Ont-ils vraiment mis à profit cette période ou se sont-ils conduits comme des dirigeants irresponsables ?
b. Les causes de l'échec du sommet de Camp David.
Ce sujet fait maintenant l'objet d'un débat pour déterminer où sont les responsabilités de l'échec du sommet : volonté israélienne d'imposer en force et en temps limité un accord " au rabais " ou intransigeance palestinienne. Il n'était pourtant pas indispensable d'aboutir à un accord sur l'ensemble des sujets. Un accord partiel et l'engagement de poursuivre les négociations aurait permis de sauver la situation. Il fallait pour cela ne pas créer des situations de blocage sur les sujets sensibles. Il aurait fallu ne pas exiger des négociateurs israéliens qu'ils acceptent la négation de leur état avec la revendication du droit au retour en Israël de 3 millions et demi de réfugiés palestiniens. Il aurait fallu ne pas exiger des négociateurs israéliens qu'ils renient la légitimité et l'enracinement de la religion juive sur cette terre en acceptant la négation de l'existence du Temple de Jérusalem. Il aurait fallu au contraire mettre en avant les accords obtenus : création d'un état palestinien avec Jérusalem Est - Al Quds comme capitale, partage de la vieille ville de Jérusalem, retour en Israël d'un nombre limité de réfugiés, fonds d'indemnisation des réfugiés. Accords à améliorer, certes, mais constituant des bases sérieuses de discussion et laissant les portes ouvertes à la négociation. Du côté israélien, cela nécessitait de faire sauter le dogme de "Jérusalem indivisible", ce qui a été fait, du côté palestinien cela nécessitait de faire sauter le dogme du droit au retour, ce qui n'a pas été fait.
c. 13 jours pour solder 80 ans de conflit.
Comme le remarquaient à juste titre les négociateurs palestiniens, le sommet de Camp David était trop court pour arriver à un accord définitif. C'est la première fois que tous les sujets sensibles du conflit étaient abordés officiellement au plus haut niveau et pas seulement dans le cadre de relations bilatérales informelles. Mais 13 jours étaient probablement suffisants pour établir les bases, les grandes orientations d'un accord définitif.
d. Comment comprendre alors le déclenchement le 28 septembre 2000 par l'Autorité Palestinienne de l'intifada El-Aksa qui a conduit à la situation de guerre actuelle, en totale contradiction avec les engagements des accords d'Oslo. Ces accords stipulaient que " L'OLP est engagée par le processus de paix au Proche-Orient et par une solution pacifique du conflit entre les deux parties et déclare que toutes les questions en suspens liées au statut permanent seront résolues par des négociations ". Après 13 jours de négociation, l'Autorité Palestinienne considère que les engagements d'Oslo sont "caducs" et choisit l'option du conflit militaire.
e. Quelle est la stratégie palestinienne ? Au cours des dix dernières années, la violence en Israël a toujours ramené au pouvoir la droite, non favorable aux concessions territoriales, en particulier sur Jérusalem. Qu'espérait obtenir l'Autorité Palestinienne avec le déclenchement des violences ? Pensait-elle acculer par la violence les israéliens à de plus grandes concessions ? Il est peu probable que les israéliens acceptent sous les bombes et sous les attentats suicides des revendications mettant en péril leur existence. Quel est alors le but recherché par l'Autorité Palestinienne ?
f. Ne fallait-il pas plutôt miser sur la dynamique des négociations que sur la spirale de la violence ? Les négociateurs israéliens, même si leurs propositions étaient imparfaites aux yeux des Palestiniens, étaient demandeurs d'un règlement du conflit et leurs positions allaient dans le sens des concessions. Des concessions peut-être encore insuffisantes pour les Palestiniens, mais la volonté politique israélienne était réelle. Quand un négociateur est demandeur et quand il commence à faire des concessions, même limitées, tout le monde sait qu'un compromis peut être trouvé. L'amélioration des propositions israéliennes durant les négociations de Washington en décembre 2000 et Taba en janvier 2001 en est la preuve.
g. Mais ce que souhaitaient, en partie à juste titre, les négociateurs palestiniens lors des négociations de Camp David ce n'était pas seulement un compromis acceptable, c'était aussi la reconnaissance par Israël de ses torts. Reconnaissance par Israël de sa responsabilité exclusive dans le drame des réfugiés, reconnaissance par Israël de l'illégalité des implantations juives dans les territoires palestiniens avec l'acceptation des frontières de 1967 comme base de négociation. Une reconnaissance par Israël de ses torts et de ses responsabilités, cela est en partie justifié. Mais en partie seulement. Peut-on de façon crédible résumer et réduire le conflit quasi centenaire du proche orient aux seuls torts d'Israël ? Qu'en est-il des torts et des erreurs des puissances coloniales de l'époque (France et Grande-Bretagne) ? Qu'en est-il des torts et des erreurs des états arabes et des dirigeants palestiniens ? Qu'en est-il de leur refus d'accepter un partage de la Palestine, de leur rejet de la résolution de l'ONU prévoyant deux états en Palestine, de leur refus d'accepter l'existence de l'état d'Israël, de leur décision d'attaquer cet état au lendemain de sa déclaration d'indépendance ? Qu'en est-il de la responsabilité du Mufti de Jérusalem, de ses appels à la guerre sainte et de ses conséquences sur le " départ " des arabes palestiniens ? Qu'en est-il de ces dirigeants palestiniens empruntant les chemins de la révolte armée dans leurs pays d'accueil en Jordanie et au Liban aux grandes heures du terrorisme international ? Qu'en est-il de leur responsabilité dans les milliers de morts de la guerre civile libanaise ? Qu'en est-il de l'acceptation bien tardive de l'état d'Israël par l'Autorité Palestinienne (en 1993, il y a moins de dix ans) mettant fin à plusieurs années d'actions de violence pour emprunter enfin le chemin de la paix ? Qu'en est -il de l'abrogation bien tardive par l'Autorité Palestinienne de sa charte de 1968 (en 1996, il y a 6 ans) qui prévoyait de " purifier la Palestine de l'existence sioniste " ? La liste sans fin des torts des uns et des autres est un exercice stérile, mais surtout un exercice déplacé dans des négociations sur la fin d'un conflit. La reconnaissance des torts ne s'obtient pas au cours de négociations entre deux parties égales mettant fin au conflit qui les opposent. Elle s'obtient après.
h. Arriver à la paix et à la création d'un état palestinien : n'était-ce pas déjà une grande victoire, une magnifique victoire sur l'histoire et sur la fatalité ?