HERCHE MEDIATIQUE DU PROCHE ORIENT
Dépêche
spéciale - Egypte
Le
2 juillet
2001
__________ No 236
Fayçal
Al-Husseiny dans sa dernière interview: "Les accords d'Oslo étaient un
cheval de Troie: notre but stratégique est la libération de la Palestine, de la
rivière (du Jourdain) à la mer (Méditerranée)."
En route
pour le Koweit, où il décéda plus tard d'un arrêt cardiaque, Fayçal Al-Husseiny
a accordé une interview, qui s'avéra être sa dernière, au quotidien Egyptien
"Al-Arabi" (de tendance Nassérienne). Voici des extraits de cette
interview, réalisée par le reporter Shafik Ahmed Ali.
Les Accords d'Oslo: un Cheval de Troie
Q: Malheureusement, la situation actuelle est la conséquence
logique de la signature des Accords d'Oslo par Arafat: ceux-ci n'affirment pas
de manière explicite qu'il faudrait retirer les implantations, ni même qu'il
faudrait en cesser la construction.. Ils ne définissent pas clairement quel
sera le statut futur de Jérusalem, ni le droit de retour... Mais, entre autres
erreurs que vous avez récemment reconnues - ils affirment clairement que
l’Autorité palestinienne a l’obligation de confisquer les armes des civils
palestiniens...
R: A la suite de la signature des Accords d’Oslo, j’ai dit trois choses:
-Premièrement, qu’après une longue attente, nous avons mis au monde un
enfant [les Accords d’Oslo] plus petit, plus faible et moins beau que ce
que nous espérions. Mais il n'en est pas moins notre enfant, et nous avons le
devoir d’en prendre soin, de le renforcer et de le développer afin qu’il puisse
se tenir sur ses jambes.
-Deuxièmement, que nous sommes les Juifs du 21ème siècle. Ce qui signifie que
nous, Palestiniens, serons comme les Juifs du début du siècle [dernier]. Ils se
sont infiltrés dans notre pays au moyen de différents stratagèmes, de
passeports en tous genres, et ce faisant ont beaucoup souffert. Ils ont même dû
endurer l’humiliation, mais tout cela avait un but: entrer dans notre pays et
s’y ancrer avant de nous en expulser. Nous devons agir de la même façon qu’eux:
retourner au pays, le peupler, et développer de nouvelles racines sur notre
terre, d’où nous avons été expulsés, quel qu’en soit le prix.
-Troisièmement, l’armée grecque [antique] n’a pas pu entrer à Troie en
raison de discussions et désaccords [internes]. Les forces grecques se sont
mises à faire marche arrière les unes après les autres, et en fin de compte le
roi de Grèce s'est retrouvé seul face aux murailles de Troie; or lui aussi
souffrait de maladies et de conflits [internes], et finit par diriger une prise
d'assaut manquée des murailles de Troie.
[A
la suite de quoi] les Troyens escaladèrent les murailles de leur ville, mais ne
trouvèrent aucune trace d’armée grecque, mis à part un cheval de bois géant.
Ils poussèrent des cris de joie et firent la fête, pensant que les troupes
grecques, déroutées, avaient laissé derrière elles comme butin de guerre cet
inoffensif cheval de bois. Ils ouvrirent donc les portes de la ville pour le
faire entrer. Chacun sait ce qui se passa ensuite.
Si
les Etats-Unis et Israël n’avaient pas pensé, avant Oslo, qu’il ne restait du
mouvement National Palestinien et du Panarabisme qu’un simple cheval de bois,
ils n’auraient jamais ouvert leurs portes fortifiées pour le laisser entrer.
Bien
que, contrairement aux Grecs, nous soyons entrés dans ces murailles non pour
détruire, mais pour construire, je vous dis maintenant, à tous ceux à qui je me
suis adressé lors d’un entretien secret pendant cette période des Accords
d’Oslo: "Montez dans le cheval sans demander en quoi il est fait.
Entrez-y, et nous ferons de ce geste le commencement de l’ère de la
reconstruction, plutôt que l’ère de la fin de l’espérance."
Et en effet, il y a ceux qui sont montés dans le cheval et qui se trouvent
maintenant en territoire palestinien, qu’ils aient soutenu ou non les Accords
d’Oslo.
Q: Mais le cheval en question s'est mis à ignorer les
critiques, aussi bien celles des partisans d’Oslo que celles de ses opposants,
portant sur l’absence d’esprit réellement démocratique pour le guider et
sur son aspect corrompu.
R: Ce que vous dites me rappelle la fameuse réunion des différentes
factions palestiniennes il y a trois ans, au retour d’Arafat et de l’OLP à
Gaza... Le débat a tourné autour de ces mêmes problèmes: la démocratie, la
corruption, etc...
Au cours de cette réunion (ceux qui étaient présents sont encore en vie et
peuvent témoigner), j’ai pris la parole en ces termes: "Il y a trois ans
j’ai dit 'montez dans le cheval', à la suite de quoi tous y sont entrés, et
celui-ci a pénétré la [région] emmurée. Il est maintenant temps de dire:
‘Sortez du cheval et commencez le travail. Ne restez pas dedans à gaspiller
votre temps et votre énergie en discussions sur si c’est un bon ou un mauvais
cheval. Voyez plutôt: c’est grâce à lui que vous avez pu pénétrer la ville
emmurée.'"
Donc quittez le cheval et faites ce pour quoi vous y êtes entrés en premier
lieu. A mon avis, l’Intifada représente à elle seule le fait de quitter le
cheval. Si on ne s’était de nouveau lancé dans de vieux débats, cet effort
aurait pu être beaucoup plus important, porter sur une plus grande étendue et
avoir plus d’impact, mais il n’était pas assez clair dans nos esprits que les
accords d’Oslo, ou tout autre accord, ne sont qu’une marche à suivre temporaire
ou une étape vers un but plus élevé.
Louez donc Allah: Nous avons aujourd’hui tous quitté le cheval, aussi bien ceux
qui étaient du côté d’Arafat que ses opposants. Personnellement, je n’ai jamais
vu d’inconvénient à ce qu’ils pénètrent ce cheval tout en étant des opposants.
Par contre, j’en aurais vu un à ce qu’ils y restent éternellement enfermés.
Maintenant que nous l'avons tous quitté, je vous demande ainsi qu’à vos
journalistes de mettre de côté toutes les analyses des événements passés,
toutes les vieilles querelles, et de juger les gens en fonction ce qu’ils font
véritablement... Notre slogan devrait dorénavant être: "L'Intifada a
toujours raison".
Notre But Stratégique: Un Etat allant de la Rivière du Jourdain à
la mer Méditerranée
Q: Quelles
sont les frontières de l’Etat palestinien auquel vous vous referez, et quelle
sorte de "Jérusalem" accepteriez-vous comme capitale de votre Etat?
R: Cette question me force à définir ce que nous appelons nos buts
"stratégiques" par rapport à nos buts "politiques" ou buts
à réaliser de façon progressive. Les buts "stratégiques" sont les
buts suprêmes; ce sont des buts à long terme, inaltérables, qui se basent sur
les droits et principes pan arabes historiques. D’un autre côté les buts
"politiques" ont été établis pour un temps limité, en considération
[des contraintes] imposées par le système international tel qu’il est,
l'équilibre des forces, nos propres capacités, et d’autres points qui varient
de temps à autre.
Quand nous demandons à toutes les forces et factions palestiniennes de
considérer les Accords d’Oslo et autres accords comme de simples étapes ou des
buts à court terme, cela signifie que nous tendons une embuscade aux Israéliens
en les trompant. Remarquez que nous faisons exactement comme eux. La preuve en
est qu’ils sont conscients du fait - et ne s’en cachent pas - que rien d’autre
ne les unit autour du territoire qui s’étend du Nil à l’Euphrate que leur
slogan tiré de la Torah: "Voici les frontières du Grand Israël."
Si, pour une raison ou une autre, ils ont dû proclamer pour un temps limité
leur Etat sur une "partie" du grand Israël, ils ont pu en parallèle
déclarer publiquement que ceci est leur "stratégie" politique, dont
ils devront se contenter momentanément en raison des circonstances politiques.
D’un autre côté, leur "haute stratégie" demeure l’acquisition du
grand Israël. Nous faisons exactement comme eux. En 1947, en accord avec le
plan de partage (de l’ONU), ils ont décidé de déclarer leur Etat sur 55% de la
terre de Palestine, qui sont devenus 78% pendant la guerre de 1948, puis 100%
pendant la guerre de 1967. Cela étant, ils n’ont jamais essayé de cacher que
leur but à long terme est le grand Israël, allant du Nil à l’Euphrate. De même,
si nous acceptons de proclamer notre Etat sur ce qui ne représente aujourd’hui que
22% de la Palestine, c’est-à-dire la Cisjordanie et Gaza, notre but ultime n’en
demeurera pas moins la libération de toute la Palestine historique, de la
rivière (du Jourdain) à la mer (Méditerranée), même si cela signifie que le
conflit durera encore mille ans ou plusieurs générations.
En un mot, nous sommes exactement comme eux: Nous distinguons les buts
stratégiques à long terme des buts politiques temporaires, que nous devons
accepter pour un temps en raison de la pression internationale. Si vous
demandez au nationaliste pan arabe que je suis quelles sont les frontières
palestiniennes selon la stratégie à long terme, je vous répondrai sans
hésitation: "de la rivière à la mer". La Palestine toute entière est
une terre arabe, la terre de la nation arabe, une terre qui ne peut être
achetée ou vendue par qui que ce soit, et il est impossible de laisser faire
ceux qui nous la volent, même si [la récupérer] prendra du temps et qu'il faudra
payer le prix fort...
Si vous posez la même question au musulman que je suis, ma réponse sera aussi:
de la rivière à la mer. L'ensemble du territoire est un Waqf islamique qui ne
peut être acheté ou vendu, et on ne peut se taire face à ceux qui nous le
volent (…)
Si
vous posez la même question au Palestinien ordinaire que je suis, se trouvant
"dedans" ou en Diaspora, je vous répondrai de la même façon sans la
moindre hésitation. Pourtant, ce que je suis capable d’accomplir et d’accepter
aujourd’hui, en raison [des contraintes] du système international, n’est
évidemment pas la Palestine "de la rivière à la mer". Afin de
réaliser tous nos rêves sur la Palestine, nous devons, avant tout, nous
réveiller pour nous rendre compte de notre position, car si nous continuons de
nous comporter comme des rêveurs, nous n’aurons plus où poser le pied.
Comme je me souviens avoir déjà dit: Nous devons continuer de nous focaliser
sur le but suprême. Le vrai danger est de l’oublier: En chemin vers mon but à
court terme, je risque de tourner le dos à mon but à long terme, qui est
la libération de la Palestine, de la rivière à la mer. ~
__________________________________________
Al-Arabi (Egypte), le 24 juin
2001. Les sous-titres sont donnés par le traducteur
L'Institut
de Recherche Médiatique du Proche Orient (MEMRI) est un organisme indépendant à
but non lucratif mettant à disposition des traductions de la presse du
Proche Orient ainsi qu'une analyse originale des faits et le résultat de ses
recherches sur le développement de la situation dans la région. Des copies des
articles et autres documents cités, ainsi que toute information d'ordre général
, sont disponibles sur simple demande.
Institut de Recherche Médiatique du Proche
Orient
BP 27837, 20038-7837 Washington DC.. Tel: (202)
955-9070 Fax: (202)955-9077 E-Mail: memri@erols.com
Trouvez les précédentes publications de MEMRI sur notre site web: www.memri.org