La légitimité d'un état palestinien


Les remarques ou interrogations suivantes permettent de mieux situer le mouvement national palestinien dans son contexte et dans ses interactions avec les autres acteurs de la région.


a. Le peuple palestinien avant 1948
Il faut remarquer qu'entre le début du 20ème siècle et 1948 il n'existe pas un peuple palestinien distinct du peuple jordanien ou du peuple libanais. Les arabes vivant en Palestine font partie de la nation arabe au même titre que les Arabes de Jordanie, du Liban ou de Syrie. Les frontières entre ces pays ont été créées à la fin de la première guerre mondiale par les pays européens et correspondent à un découpage arbitraire. Le roi Hussein, chef religieux de la Mecque, caressait d'ailleurs le rêve d'une Grande Syrie, dont la Palestine aurait été une province du sud. Dans une certaine mesure l'occupation actuelle du Liban par l'armée syrienne illustre cette notion. L'histoire des arabes de Palestine dans la première moitié du siècle a bien sûr déjà des spécificités, mais l'événement fondateur, l'exil, n'a pas encore eu lieu.


c. Trois états en Palestine
La Palestine dont la Grande Bretagne détient le contrôle en 1917 comprend les actuels territoires d'Israël, de Cisjordanie et de Jordanie. En 1922, les territoires à l'est du Jourdain en sont détachés pour former la Transjordanie attribuée par la Grande-Bretagne au prince Abdallah, fils du roi Hussein. A la suite de la première guerre israélo-arabe, la Transjordanie annexe les territoires arabes situés à l'ouest du Jourdain (actuelle Cisjordanie) et forme la Jordanie. C'est le même peuple qui vit de part et d'autre du Jourdain. Les Palestiniens jordaniens ou les Palestiniens de Palestine font partie en 1948 du même peuple, ils ont la même langue, la même culture, la même histoire.
C'est pourquoi on peut considérer que le partage de la Palestine aurait pu avoir lieu en 1922, avec la création d'un état arabe, la Jordanie, peuplée de Palestiniens, et la création d'un état juif sur le reste du territoire. On peut remarquer que le partage de la Palestine hors Transjordanie proposé par la résolution 181 de l'ONU en 1947 a été rejeté par les dirigeants palestiniens et par les états arabes. On peut considérer enfin que la partage de la Palestine aurait pu avoir lieu à l'issue de la première guerre israélo-arabe avec la création d'un état arabe palestinien, la Jordanie, (qui a annexé les territoires à l'ouest du Jourdain) et la création d'un état juif sur le reste du territoire. C'est " l'option jordanienne " souvent espérée par les israéliens comme base d'un accord de paix.
On perçoit en fait que le partage de la Palestine, à l'initiative de la Grande Bretagne, en trois états, un état juif et deux états arabes, va être source de nombreux problèmes.

d. Le peuple palestinien de 1949 à 1967
De 1949 à 1967, la Cisjordanie et Gaza sont respectivement sous contrôle jordanien et égyptien. Ces territoires sont aujourd'hui revendiqués par l'Autorité Palestinienne pour y fonder son état. Pourquoi pendant près de 20 ans cet état n'a-t-il pas été créé ? Pourquoi l'ONU n'a-t-il pas imposé à ces deux nations une résolution visant à la création d'un état palestinien sur ces territoires ? Pourquoi la Jordanie et l'Egypte ne se sont-elles pas entendues pour créer un état palestinien ? Ces deux pays ne portent-ils pas une lourde responsabilité dans le drame palestinien ? Pourquoi a t-il fallu attendre la victoire militaire d'Israël à l'issue de la guerre des six jours et l'occupation de ces territoires pour réclamer " soudain " leur restitution pour y créer d'urgence un état palestinien ? Une des réponses est que lorsqu'il s'agit de demander à Israël, les nations arabes sont unies, alors qu'imposer à la Jordanie la restitution de territoires annexés est une autre affaire. Il n'y aura même pas de la part de la Jordanie de " proposition généreuse ". En attendant, ce sont les réfugiés palestiniens qui souffrent, encore et toujours trompés et trahis par leurs frères. Et de fait, le peuple palestinien commence à avoir une histoire singulière, spécifique. La création de l'OLP en 1964 consacre d'ailleurs sa reconnaissance officielle. Le peuple palestinien est né et ses premières années sont des années de souffrance, de misère sur fond d'injustice et de soif de vengeance, entretenue, alimentée par les pays frères. Ce cadre marquera durablement et marque encore son mode de fonctionnement.

e. Le peuple palestinien de 1970 à 1993
Les combattants palestiniens sèment le désordre dans leurs pays d'accueil, en Jordanie et au Liban. Engagés dans la lutte armée, aveuglés par les idéologies révolutionnaires, ils tentent de renverser les pouvoirs en place et subissent une répression violente des armées jordaniennes et syriennes. Mais les Palestiniens demeurent un état dans l'état au Liban, dans un pays en pleine décomposition du fait de la guerre civile. En 1982, Israël envahit le Liban en vue de détruire les bases militaires de l'OLP, qui harcèlent le nord de la Galilée, chasser les Syriens et imposer à la tête de l'état libanais un allié d'Israël. L'OLP se réfugie à Tunis. Le massacre des camps de Sabra et Chatila par les miliciens phalangistes libanais dans un secteur de Beyrouth Ouest sous contrôle israélien achève de discréditer Israël et accélère son retrait du Liban. Le peuple palestinien se retrouve ainsi isolé de ses leaders, établis à Tunis, et c'est pour la première fois un mouvement spontané qui l'anime avec le soulèvement de la 1ère intifada en 1987. En 1990, pendant la guerre du Golfe, le soutien de l'OLP à l'Irak débouche sur l'expulsion du Koweït de près de deux cents mille ressortissants palestiniens, venant grossir le flot des réfugiés. Enfin en 1993, à l'issue d'un mouvement entamé en 1974, l'OLP reconnaît officiellement l'état d'Israël dans le cadre du processus de paix d'Oslo. Combien de temps perdu pendant ces années de lutte armée entre 1967 et 1982, et quelle irresponsabilité que le soutien à l'Irak, à l'encontre des positions des autres pays arabes, alors que ce dernier envoie des skuds contre Israël.

f. La présence israélienne, condition nécessaire du mouvement national palestinien
En l'absence d'immigration juive en Palestine, il est à peu près certain que le mouvement national palestinien tel qu'il se définit aujourd'hui géographiquement n'aurait pas existé et qu'un état palestinien n'aurait pas vu le jour. La Palestine aurait probablement été entièrement sous domination Jordanienne, syrienne ou égyptienne. Elle aurait été une province d'un de ces pays, comme ce fut toujours le cas. Par certains aspects, la force du mouvement national palestinien s'appuie sur un sentiment de rejet de la présence juive sur cette terre, sentiment appuyé par les pays arabes de la région. On peut considérer que le mouvement national palestinien à bien des égards n'est pas un mouvement totalement autonome ayant un véritable but intrinsèque mais un mouvement conditionné par la seule présence israélienne en Palestine. En ce sens l'OLP diffère d'un véritable mouvement de libération nationale qui est indifférent à la nature de "l'occupant ".
Le même phénomène s'applique à Jérusalem. Jusqu'en 1967, la ville est plus ou moins délaissée par les Jordaniens. Ils n'envisagent jamais d'en faire leur capitale. L'attachement " récent " des palestiniens à Jérusalem est donc en grande partie une réaction à la politique d'implantations juives autour de Jérusalem et à l'adoption de la loi de Jérusalem conférant à celle-ci le statut de capitale éternelle du peuple juif.


Ainsi, la conscience collective palestinienne, s'est forgée dans l'exil, dans la lutte armée et dans la confrontation avec Israël. Le défi du peuple palestinien sera de réussir à dépasser ce stade initial de son identité pour développer un projet autonome et démocratique.


En conclusion, la légitimité de l'état palestinien repose sur :
- une réalité historique,
- une reconnaissance internationale,
- le droit des peuples à l'autodétermination dans le respect des autres peuples.

A cela s'ajoute la nécessité de trouver un règlement au sort des réfugiés palestiniens.


On formulera donc le souhait que les palestiniens puissent vivre en paix dans leur pays et en bonne intelligence avec des israéliens ayant enfin accédé à une souveraineté et une sécurité reconnues.