La légitimité de l'état d'Israël,
Nous apprenons que l'état d'Israël est né dans le péché grâce à l'ouvrage de Dominique Vidal et Joseph Algazy, Le Péché originel d'Israël, l'Atelier 1998. Le Péché originel, ce n'est pas une mince affaire. Faut-il en conclure qu'Israël doit être chassé du Jardin d'Eden, du Paradis / Enfer de la terre de Palestine ? On connaît, il est vrai, peu de pays qui sont nés dans le " péché ". Comme chacun sait, tous les pays sont nés, toutes les frontières depuis l'aube des temps ont été tracées dans les salons diplomatiques, dans un climat calme et serein.
Mais ces éléments nous conduisent à évoquer les grandes étapes de la création de l'état d'Israël et à réfléchir à la légitimité de l'état d'Israël, à la légitimité d'un état pour les juifs.
Cette légitimité si contestée est en effet difficile à expliquer car il s'agit du cas unique dans l'histoire d'un peuple venu immigrer sur sa terre d'origine au début du 20ème siècle pour y fonder un pays. C'est l'histoire d'un peuple qui, au début du 21ème siècle, du fait de ses erreurs et du fait de l'hostilité de ses voisins, n'y est toujours pas parvenu. C'est l'histoire du sionisme.
Le sionisme, où mouvement de libération nationale du peuple juif, né à la fin du 19ème siècle s'inscrit dans les mouvements de renaissance nationaux de son temps. Il est d'inspiration européenne et a fortement été marqué par l'essor de la pensée socialiste. Le sionisme visait à établir pour les juifs un état indépendant leur permettant d'une part d'échapper aux diverses vicissitudes de leur vie dans les pays européens et d'autre part de devenir une nation comme les autres, un pays reconnu par la communauté des pays. Le sionisme devait permettre aux juifs de rompre avec la fatalité de l'exil et de la vie minoritaire pour participer à un projet national spécifique.
Cette volonté à donné lieu à de nombreuses vagues d'immigrations en Palestine, alors territoire de l'empire ottoman. D'abord de faible ampleur, l'immigration s'est intensifiée au cours des ans. Cette immigration, le choc culturel et l'antagonisme des projets ont débouché sur des heurts entre nouveaux immigrants juifs et population arabe locale. Bien que l'immigration juive en Palestine se réalise de manière légale par l'achat de terres aux riches propriétaires fonciers arabes, la population arabe se sent expropriée de son territoire. De nombreux responsables sionistes n'ont pas appréhendés à sa juste mesure l'indéfectible attachement des arabes de Palestine à leur terre. D'autres responsables en étaient parfaitement conscients et prônaient une politique de dialogue et de concertation plus active.
Avec la fin de la première guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne se partagent les territoires de l'ex empire ottoman, y créent des pays dont ils s'attribuent la souveraineté au dépend des leaders arabes à qui ils ont pourtant promis l'indépendance. D'innombrables aspects stratégiques et politiques expliquent ces décisions (Canal de Suez, découverte du pétrole, établissement de zones d'influence, etc.). La Palestine passe sous mandat britannique. La première reconnaissance du sionisme par la communauté internationale vient à cette époque avec la déclaration Balfour de 1917 qui prévoit l'établissement d'un "foyer national juif" en Palestine.
Le mandat britannique sur la Palestine sur lequel doit s'établir le " foyer national juif " correspond alors aux actuels territoires israéliens, palestiniens et jordaniens. Ce territoire est réduit en 1922 de l'actuelle Jordanie, attribuée à un des fils du roi Hussein, leader religieux et politique de la région (peut-être en compensation de la perte de la Syrie par un autre fils d'Hussein qui en a été chassé par les Français ?). Le territoire que devront se partager immigrants juifs et arabes palestiniens se trouve ainsi réduit de 77%.
Les troubles et heurts entre populations juive et arabe s'accentuent. Les arabes palestiniens lancent une grande révolte à partir de 1936 qui sera sévèrement réprimée par les troupes britanniques. Devant le caractère insoluble de la situation et l'impossible coexistence pacifique, un plan de partage de la Palestine est proposé en 1937 qui prévoit la création d'un état juif et d'un état arabe.
La Grande-Bretagne, désireuse de s'assurer le soutien des arabes pendant la seconde guerre mondiale qui s'annonce longue et difficile, publie en 1939 le " Livre blanc " qui fait disparaître la perspective d'un état juif en Palestine. Des groupes militaires juifs entreprendront alors des actions de lutte armée contre la présence britannique.
Après la fin de la seconde guerre mondiale, en 1947, la seconde reconnaissance du sionisme par la communauté internationale se traduit par l'adoption de la résolution 181 de l'ONU qui prévoit la partage de la Palestine en un état juif et une état arabe. Là encore, de nombreuses considérations autres que la seule situation sur le terrain sont venus influencer les membres de la commission de l'ONU, et en particulier le sort des réfugiés juifs rescapés des camps d'extermination nazis. Mais l'idée de la partition n'était pas nouvelle puisqu'elle avait déjà été évoquée en 1937.
La suite de l'histoire d'Israël est une succession de guerres avec ses voisins arabes et une suite d'attentats sur son territoire, ou en territoires occupés à partir de 1967, provoquant des actions de représailles. L'un des événements majeurs de la première guerre israélo-arabe est le " départ " des arabes palestiniens, fuyant la guerre ou expulsés et devenant réfugiés dans les pays voisins depuis plus de cinquante ans. A partir de 1978, un accord de paix " séparé " est signé avec l'Egypte. Puis à partir de 1991, le processus de paix avec l'OLP laisse croire au règlement du conflit.
En 2002, le conflit israélo-palestinien dure depuis plus de quatre-vingt ans, les réfugiés palestiniens sont exilés depuis plus de cinquante ans, les Palestiniens ne disposent pas d'un état, ils subissent l'occupation israélienne, la population juive d'Israël vit dans l'horreur des attentats suicides.
On peut enfin énoncer quelques remarques complémentaires sur le sionisme et ses fondements.
a. Le sionisme, un formidable mouvement d'espoir
Le sionisme est un mouvement révolutionnaire né à la fin du 19ème siècle, en rupture avec les grands courants du judaïsme de l'époque. Il n'a en effet pas trouvé d'écho favorable dans les premiers temps auprès des populations juives européennes : parmi les juifs, ceux qui étaient bien intégrés dans leur pays n'étaient pas favorables à ce mouvement national qui rappelait trop leur identité, les religieux supportaient mal l'idée d'un mouvement national laïque, les socialistes étaient hostiles à un mouvement national venant s'opposer à la cause révolutionnaire. Ce sont les persécutions antijuives de l'Europe de l'Est et de la Russie qui ont suscité l'adhésion d'une grande partie des populations juives de ces pays au projet sioniste. Qu'en est-il du projet sioniste ? Il s'agissait principalement pour les juifs de reprendre en main leur destin, de s'auto-émanciper, de briser la fatalité de la dispersion et de son corollaire, la persécution ou l'humiliation. Le sionisme pour tous ceux qui y ont adhéré, spontanément où sous la pression des événements, a été un formidable espoir. D'inspiration socialiste et humaniste, il a aussi été l'incarnation d'un idéal " prophétique " : justice sociale, tolérance et fraternité humaine. De fait, malgré l'état de guerre permanent, l'état d'Israël est la seule démocratie du Proche-Orient.
b. Le sionisme, " vieilles racines et nouvelles idées "
Le projet sioniste s'est inscrit dans l'indéfectible attachement du peuple juif à la Terre d'Israël.
Attachement physique jamais rompu, puisque les juifs n'ont jamais cessé d'être présents en Palestine. Une présence ininterrompue à laquelle s'ajoute de nombreux mouvements de retour de juifs en Palestine. Ces mouvements ont été d'ampleur limitée mais sont témoins de l'attachement du peuple à cette terre : le poète espagnol Judah Halévi quitte l'Espagne de " l 'âge d'or " au 13ème siècle, vague d'immigration des juifs espagnols au 15ème siècle après les décrets d'expulsion, vague d'immigration des juifs d'Afrique du Nord au 16ème siècle portée par la fièvre messianique du faux messie Shabettai Zvi, immigration des juifs polonais " hassidiques " au 18ème siècle.
Attachement spirituel puissant, bien sûr, puisque Israël et Jérusalem sont au coeur de la conscience juive et du sentiment religieux.
c. Une démocratie au proche-orient : le vraie succès du sionisme ?
Elie Barnavi, dans son ouvrage Une histoire moderne d'Israël s'interroge sur le bilan du sionisme. Echec patent si l'on considère que le sionisme, supposé procurer un havre de salut pour tous les juifs, a contribué à créer le seul endroit où l'existence physique des juifs est en danger. Ou bien faut-il plutôt constater le succès inattendu du projet sioniste qui a réussi à construire un état reconnu par la communauté des nations et accepté par deux de ses voisins sur la base d'accords de paix.
Mais l'élément qui me paraît le plus significatif dans l'existence de l'état d'Israël et qui me semble le plus digne successeur des idéaux sionistes, c'est le maintien d'un régime démocratique dans une région qui n'en compte pas ainsi que la liberté de le presse. L'ouverture des archives de 1948 aux historiens dans un contexte pourtant non stabilisé est aussi une attitude qui honore l'état d'Israël. Puisse cet exemple influencer tous les peuples de la région pour les pousser à lutter aussi pour la démocratie et la libre expression dans leur pays. Puissent les nations européennes les inciter aussi dans cette voix.
En conclusion, un siècle après l'arrivée des premiers immigrants juifs en terre de Palestine, la légitimité de l'état d'Israël repose sur :
- une réalité historique,
- une reconnaissance internationale,
- le droit des peuples à l'autodétermination.
On formulera donc le souhait que les israéliens puissent vivre en paix dans leur pays et en bonne intelligence
avec des palestiniens ayant enfin accédé à l'autonomie nationale et à la réparation de leur préjudice.