Jérusalem et les lieux saints


Jérusalem est un des sujets abordés au cours des négociations de Camp David en juillet 2000 et de Washington en décembre 2000. Il comporte deux volets, un volet territorial pur (restitution ou annexion de territoires à l'Est de Jérusalem où sont situées des implantations juives) et un volet partage de le vieille ville et souveraineté sur les lieux saints. Seuls sont abordées dans cette page les questions relatives à la souveraineté sur la vieille ville et les lieux saints.


Les données de la négociation
Rappels historique et religieux
Quelques remarques




Les données de la négociation sur le partage de la vieille ville de Jérusalem et les lieux saints sont les suivantes :

1. Jérusalem est une ville sainte pour les trois grandes religions monothéiste :
- Ville sainte pour les Juifs, Jérusalem a été la capitale du royaume hébreu sous David et centre de la vie religieuse. Après la destruction de second Temple par les romains en 70 suivie de l'exil de la population, Jérusalem est restée le centre de la conscience collective juive.
- Ville sainte pour les Chrétiens, Jérusalem est le berceau du Christianisme.
- Ville sainte pour les Musulmans, Jérusalem est la troisième ville sainte de l'Islam après La Mecque et Médine.


2. La vieille ville :
La vieille ville comporte actuellement quatre quartiers : le quartier arménien, le quartier chrétien, le quartier musulman et le quartier juif. Au cours des négociations, israéliens et palestiniens sont parvenus à un accord : souveraineté palestinienne sur les quartiers arménien, chrétien et musulman (tous trois de population arabe) et souveraineté israélienne sur le quartier juif.


3. Les lieux saints de Jérusalem :
Le débat sur les lieux saints concerne principalement l'ensemble que l'on nomme Esplanade des Mosquées / Mont du Temple. Un accord sur le partage de la souveraineté sur ce lieu n'a pas été trouvé





Rappel historique et religieux :

Pour les Juifs :
Le Mont du Temple, ou Mont Moriah, est la colline de Jérusalem sur laquelle Salomon bâtit le Temple. Dans la bible, le Mont Moriah est le lieu où se déroule le " non sacrifice d'Isaac ", fondement de l'interdiction des sacrifices humains. A l'intérieur de la triple enceinte du Temple de Salomon se trouvait le Saint des Saint où était disposée l'Arche d'Alliance renfermant les Tables de la Loi. Jérusalem devient sous le règne de Salomon l'unique lieu de culte des Juifs. Plus d'une centaine de milliers de pèlerins s'y rendent chaque année pour célébrer les trois grandes fêtes de Pâque, Pentecôte et Sukkot.
En -587, la ville de Jérusalem est prise par Nabuchodonosor, le Temple de Salomon est détruit et la population envoyée en captivité à Babylone. De retour de captivité en -539, les Juifs reconstruisent le Temple (second Temple). En -40, Hérode, d'origine iduméenne mariée à une juive, est nommé roi de Judée par les romains. Il entreprend d'agrandir et d'embellir le Temple. Hérode aménage autour du Temple une vaste esplanade, la plus vaste du monde antique (deux fois plus étendue que le forum édifié par Trajan à Rome). Paré d'un nouvel éclat, la beauté du Temple resplendit sur la ville. A cette époque, Philon d'Alexandrie écrit " la Loi a veillé à ce qu'on ne construisit pas plusieurs temples, ni en plusieurs lieux, ni en un seul, estimant que puisque Dieu est Un, il ne devait avoir aussi qu'un seul Temple ".
En 70, l'empereur Romain Titus s'empare de Jérusalem, détruit et incendie le Temple. En 135, après la dernière révolte juive, l'empereur Hadrien renomme la Judée Palaestina, renomme Jérusalem Aelia Capitolina, interdit aux Juifs d'y résider et fait ériger à l'emplacement du sanctuaire juif un temple dédié à Jupiter.
Sous le règne de l'empereur Constantin, les Juifs, toujours interdits de séjour dans le ville sainte chrétienne, ont néanmoins le droit de venir y pleurer un jour par an au mur occidental, connu de ce fait sous le nom de mur des Lamentations. Le souvenir du Jérusalem et du Temple, l'espoir du retour forment le cœur du judaïsme. Jérusalem est cité plus de 700 fois dans la Bible, le Talmud, écrit au 2ème siècle, expose les règles relatives au Temple (alors que celui-ci est détruit), les Juifs prient tournés vers Jérusalem, commémorent chaque année la destruction du Temple et prononcent chaque année la phrase rituelle " l'an prochain à Jérusalem ". Sans oublier le psaume 137 " Si je t'oublie jamais Jérusalem, que ma droite me refuse son service, que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies ". Bien sûr, il y a une dimension symbolique dans cet attachement et il est souvent question de la " Jérusalem céleste " dans la tradition juive, mais terrestre ou céleste, la centralité de Jérusalem et du Temple sont bien réels.

Pour les Chrétiens :
La Terre Sainte est le berceau du Christianisme. Jésus, né à Nazareth, ayant grandi en Galilée, vient prêcher à Jérusalem. Dans un fameux passage appelé par les théologiens le " testimonium flavianium " (témoignage flavien) Flavius Josephe décrit Jésus comme un " homme sage " ami de la vérité. A Jérusalem, Jésus s'en prend, en particulier, aux marchands du Temple. Perçu comme un dangereux agitateur, dans un contexte de révoltes permanentes, Jésus est crucifié par les romains sur le Golgotha. C'est à Jérusalem que Jésus ressuscite et que les apôtres reçoivent l'Esprit saint au jour de la Pentecôte pour prêcher la foi nouvelle.
Après la conversion de l'empereur Constantin au christianisme, sa mère Hélène entreprend de faire de Jérusalem une ville chrétienne. Là ou l'on situe le Golgotha, un temple de Vénus est remplacé par une église ronde, l'Anastasis (" résurrection ") qui deviendra plus tard le Saint-Sépulcre. Les édifices païens construits sur l'esplanade du Temple sont détruits mais on y laisse un champ de ruines, signe de la déchéance des Juifs.
Après la conquête arabe, les croisades sont entreprises afin de reconquérir la Terre Sainte et aboutissent à la création des Etats Latins d'Orient. Cette reconquête se traduira par le massacre des populations juives et musulmanes de Jérusalem.

Pour les Musulmans :
Jérusalem est conquise en 638 par le calife Omar de la dynastie Omeyyades. Le Dôme du Rocher, ou Mosquée d'Omar, est édifiée en 691 au centre du lieu correspondant à l'esplanade du Temple. La Mosquée Al-Aksa est construite en 715 sur ce même parvis. L'ensemble porte alors le nom de Al Haram al Charif, " le Noble Sanctuaire ", aussi appelé Esplanade des Mosquées. Jérusalem devient Al Qods " la Sainte ", troisième lieu saint de l'Islam après La Mecque et Médine.
Après la prise de Jérusalem par Saladin en 1291, Jérusalem sera sous domination ottomane de 1517 à 1917.
La tradition musulmane évoque les Mosquées d'Omar et Al-Aksa. Le 1er verset de la sourate 17 du Coran, dite Al-Isra " le voyage nocturne ", enseigne " Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur [Muhammad], de la Mosquée Al-Haram [la Mecque] à la Mosquée Al-Aksa dont Nous avons béni l'alentours, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles ". La Mosquée Al-Aksa " la lointaine " est la Mosquée la plus lointaine de la Mecque. Selon la tradition, Mahomet, emmené par l'archange Gabriel, a voyagé de la Mecque à Al-Aksa sur le cheval ailé Al-Bourak, cheval ailé à tête de femme et queue de paon, puis s'est élancé vers le ciel pour y recevoir la révélation de la loi coranique. En s'élançant vers le ciel, il a laissé l'empreinte de son pied sur le rocher d'Abraham, rocher sacré (Qubbat el-Sakhra) abrité dans la grotte située sous le Dôme de la Mosquée d'Omar. La révélation la loi coranique revêt la forme d'un voyage à travers les sept cieux pour prier avec les anciens prophètes juifs et chrétiens et avec Dieu lui-même. C'est pourquoi Jérusalem est considérée par les Musulmans comme "la porte du ciel". Jean Fernot dans son ouvrage Jérusalem, nombril du monde, Grasset 1994, fait un très beau récit du "voyage nocturne". Ce voyage initiatique du Prophète est célébré le 17 du mois de Rajab.



Plusieurs remarques peuvent être faites :


a. Une superposition des édifices sacrés.
Le Mont du Temple / Esplanades des Mosquées est le lieu d'une succession d'édifices religieux. Le phénomène n'est bien sûr pas spécifique à Jérusalem. C'est au contraire le mode de fonctionnement habituel des civilisations qui se succèdent à la tête des grandes cités. Le cycle des constructions, destructions, reconstructions sur un même emplacement peut d'ailleurs déboucher sur des choses étranges comme la Cathédrale de Cordoue construite à l'intérieur de la Mosquée. Parfois, les bâtiments sont simplement reconvertis, comme l'église Santa Maria La Blanca, calle San José, à Séville qui était autrefois une synagogue. Le Mont du temple / Esplanade des Mosquées n'échappe donc pas à cette règle. Des pierres et des édifices sacrés se sont succédés sur ce lieu, il suffit de le reconnaître.

b. Une reconnaissance mutuelle remise en cause.
Pourtant, avant même la question délicate de la souveraineté sur le lieu, les négociateurs palestiniens n'ont pas reconnu la continuité historique du lieu en niant l'existence du Temple Juif sur ce lieu. La question ici n'est pas seulement religieuse, la négation de la présence juive à Jérusalem dans ce qu'elle a revêtu de plus sacré est une violation des engagements de reconnaissance mutuelle de 1993 et une attente à la dignité du peuple israélien et du peuple juif. Certains pourraient parler de " provocation ". Il ne viendrait pourtant à l'idée de personne de contester le caractère sacré de Jérusalem et du Haram Al Sharif pour l'Islam, pourquoi la réciproque n'est-elle pas vraie ? Pourquoi cette négation de la présence et de la légitimité historique juive ? Pourquoi, alors que le Prophète reconnaît la filiation de l'Islam avec le judaïsme et le christianisme, celle-ci n'est-elle pas reconnue par l'Autorité Palestinienne ?

c. Une appropriation des symboles juifs.
Plus surprenante encore que la négation de l'existence du Temple juif à Jérusalem est l'appropriation par l'Autorité Palestinienne du symbole du mur occidental. Les Juifs religieux viennent prier le long du mur occidental, le Kotel, (ou mur des Lamentations) depuis le Moyen Age. Sur le site internet officiel de l'Autorité palestinienne, on trouve une page consacrée aux "principaux sites religieux de Jérusalem". Les sites répertoriés comme étant "les plus importants pour les trois religions monothéistes" sont au nombre de cinq : la mosquée Al-Aqsa, le Dôme du Rocher, l'église du Saint-Sépulcre, l'église de Gethsémani et "le mur Al-Boraq". Ce site est décrit comme " une partie de la face extérieure du mur occidental de la mosquée Al-Aqsa. La créature "Al-Boraq", qui porta Mahomet durant son ascension au ciel, fut attachée à ce mur. Certains Juifs orthodoxes le considèrent comme étant pour eux un lieu saint, et affirment que le mur fait partie de leur temple ". Lire sur ce thème la fatwa lancée par le Mufti de Jérusalem.

Cette récupération du Mur des lamentations est vraiment surprenante. On comprend facilement la réutilisation des lieux géographiques comme cela a été évoqué. Dans le cas de l'Esplanade des Mosquées, elle s'explique d'autant mieux que le Mont du Temple est le sommet le plus élevé de Jérusalem, donc un emplacement appelant à être utilisé comme lieu symbolique. On comprend la réutilisation du lieu mais comme dit le proverbe des droits de l'homme " réutilisation ne vaut pas négation ".

Mais en l'occurrence comment comprendre la récupération par l'Autorité Palestinienne du mur occidental si ce n'est par la volonté de nier le lien du peuple juif avec le Temple ? En d'autres temps pourtant les autorités musulmanes ne niaient pas l'attachement des juifs au mur occidental. En 1517, après la conquête de Jérusalem par les turcs, le sultan Selim 1er ordonne que le lieu soit dégagé des immondices déversées par les riverains et permet alors aux juifs d'y venir prier. Ce n'est que récemment que le mur occidental du Temple d'Hérode a été réinvesti par la religion musulmane prêchée par l'Autorité Palestinienne.


d. La souveraineté sur l'Esplanade des Mosquées / Mont du temple.
Cette souveraineté doit être partagée et sous contrôle international. La protection des lieux saints est primordiale, non seulement d'un point de vue religieux, mais aussi parce qu'elle traduit le respect de la reconnaissance de l'Autre. A ce sujet, on ne peut que déplorer l'incendie de l'antique synagogue de Jéricho et la profanation et la destruction du Tombeau de Joseph. Faut-il rappeler également que la souveraineté de la Jordanie sur Jérusalem Est avant 1967 s'était traduite par la destruction des synagogues du quartier juif, le saccage du cimetière du Mont des Oliviers, (dont les pierres tombales ont été utilisées comme matériaux de construction) et l'interdiction de l'accès au kotel (" Mur des Lamentations ") ?