Les colonies ou implantations juives en territoires palestiniens
La question des colonies a été abordée dans les négociations de Camp David au travers des négociations
sur les frontières
On peut affirmer aujourd'hui que la création des colonies ou implantations juives en territoire palestinien est une erreur
stratégique et humaine pour plusieurs raisons :
- les implantations sont vécues par les palestiniens comme
une provocation et une occupation de leur territoire, elles sont dénoncées comme étant un obstacle à la paix,
- elles mettent en péril la vie des jeunes soldats israéliens
qui doivent défendre leurs habitants des attaques palestiniennes,
- elles n'apportent rien à l'état d'Israël et divisent au contraire la société israélienne.
A ces erreurs, vient s'ajouter celle plus récente qui est la poursuite des créations d'implantations
après les accords d'Oslo alors qu'il était prévisible qu'il faudrait à terme les démanteler.
Les données actuelles sur les implantations juives en territoire palestinien sont les suivantes :
Ces implantations ont été créées à partir de 1967 lorsque, à l'issue de la guerre des six jours, l'état hébreu s'est retrouvé
à la tête d'un territoire agrandi. Deux périodes de création peuvent être distinguées. De 1967 à 1977, les implantations juives
créées par les gouvernements travaillistes sont proches de la ligne d'armistice de 1949 et le long du Jourdain et sont destinées à renforcer
la sécurité d'Israël, qui subira en 1973 la guerre de Kippour. A partir de 1977, les implantations ont un objectif idéologique affiché et visent à établir
un peuplement juif disséminé sur l'ensemble du territoire palestinien. Ces implantations sont habitées soit par des juifs religieux intégristes, soit par des
juifs attirés par les avantages économiques consentis par l'Etat pour favoriser leur peuplement.
En 2000, la population en Cisjordanie s'élève à environ 2 000 000 d'habitants dont une population arabe de 1 810 000 et une population juive de 190 000.
La population de la bande de Gaza s'élève à environ 1 126 000 habitants dont une population arabe de 1 120 000 et une population juive de 6 000. Ainsi, la population
juive représente 6,2 % de la population totale des territoires palestiniens; par comparaison, la communauté arabe représente 15,5 % de la population israélienne.
Dans le cadre du processus de paix, on peut noter deux choses :
- d'une part, le nombre des implantations a fortement augmenté entre 1993 et 2000, ce qui décrédibilise le discours de paix israélien, exaspère les Palestiniens, et conduit le rapport
Mitchell à dire que "les colons et les implantations restent la cause première du soulèvement palestinien, parce ces communautés juives violent l'esprit du processus d'Oslo".
- d'autre part, Ehoud Barak, s'est engagé lors des négociations de Camp David en août 2000 à démanteler les implantations des territoires restitués à l'Autorité Palestinienne.
Sur la base de ces éléments on peut formuler les réflexions suivantes :
a. Le démantèlement des colonies dans le cadre de la restitution des territoires est une contrainte que devra assumer l'Etat d'Israël. On peut déplorer l'incohérence de la politique israélienne
qui a consisté à développer des implantations destinées à être démantelées.
b. La part de la population juive dans les territoires palestiniens est plutôt faible (environ 6 %). Bien sûr, ces implantations sont nombreuses et disséminées dans le territoire mais comment comprendre qu'une minorité de 6%
suscite le phénomène de rejet actuel ? Les colons ne sont pas des militaires mais des familles qui se sont installées pour certaines il y a une génération à une époque où la situation était différente, où plus récemment du fait des incitations économiques.
c. Sur un plan économique, le démantèlement des implantations juives va permettre à la Palestine de récupérer des infrastructures d'habitations récentes, pouvant immédiatement accueillir les Palestiniens vivant encore après 50 ans
dans les camps de réfugiés. Le démantèlement des implantations aura donc des retombées économiques positives.
d. Sur le fond, on peut respecter le souhait de l'Autorité Palestinienne de voir le départ d'habitants dont elle ne reconnaît pas la légitimité de l'installation ou ne souhaite pas la présence. Mais on peut s'interroger également sur
cette volonté d'obtenir une Palestine sans aucune présence juive. Alors qu'Israël compte une forte communauté de citoyens arabes qui contribuent à sa richesse culturelle, comment comprendre que la Palestine n'accueille pas en son sein une petite communauté juive ? Et si les palestiniens au contraire
acceptent une présence juive en Palestine, comme cela a parfois été évoqué, alors en quoi les implantations sont-elles un obstacle à la paix ?
e. L'évocation d'une présence juive en territoire palestinien nous conduit à citer l'exemple de la ville de Hebron, qui abrite le tombeau des patriarches, parmi lesquels celui d'Abraham, patriarche commun au juifs et aux musulmans.
La ville de Hebron accueillait au début du siècle une des plus anciennes communautés juives de la région et les habitants juifs y vivaient en relative bonne entente avec leurs voisins arabes. Mais en août 1929, la population arabe manipulée par le Mufti de Jérusalem qui fait répandre le bruit que
des juifs attaquent des arabes sur l'Esplanade des Mosquées, s'en prend aux habitants juifs d'Hebron. A l'issue du massacre (plusieurs dizaines de tués, la synagogue et l'hôpital incendiés), les derniers juifs d'Hebron quittent la ville mettant fin à une présence ancestrale. Hebron restera dénuée de
présence juive jusqu'en 1967, date à laquelle des " colons " viendront s'y établir. Aujourd'hui, les habitants juifs d'Hebron sont bien sûr des juifs religieux, intégristes et ultra-orthodoxes car seule une croyance extrémiste peut convaincre des gens de vivre sous protection militaire dans un tel climat d'hostilité. Mais sur le fond une présence juive à Hebron
est-elle vraiment illégitime ?
f. Même si le départ d'une grande partie des juifs des territoires palestiniens est nécessaire et justifié, comment ne pas évoquer l'ampleur du sacrifice que devront consentir les habitants des colonies en quittant leurs habitations ? Les peuples israéliens et palestiniens qui ont chacun connu à leur façon les douleurs du départ et de l'exil devraient précisément s'entendre pour s'efforcer de limiter ces situations douloureuses.